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Un hommage à Magritte

Un hommage à Magritte

Ce pays d’où l’on vient et qui n’a jamais existé nulle part ailleurs que dans nos rêves. Des cauchemars et des mots sans intérêt. Une rue qui n’en finit de commencer à chaque intersection de nos pas. Là, depuis le début, tel un homme ivre de soi-même, je marche vers je ne sais où… Comme si mettre un pied devant l’autre avait un sens différent que celui de marcher. Et pourtant, plus mal gré que bon gré, je persiste à aller à foulées comptées vers ce rendez-vous mystérieux. Pourquoi et comment ont-ils su ou pu ? Voire oser ! Alors que rien ou si peu a été transgressé et moins encore réalisé.

Dans le sceau du secret, juste un petit coin de mémoire veille sur ce souvenir d’antan. Ce mystère est pourtant bien gardé, sachant que même le dépositaire original l’a oublié et peut-être même n’a-t-il jamais vraiment su qu’il le savait. Oui ! C’est comme on sait des choses qu’on ignore et réciproquement. Là, à la croisée des chemins en cul-de-sac, comme à quelqu’un à qui on aurait demandé d’attendre « Je ne sais ni quoi ni qui ! Et même pas pourquoi ! » Depuis il attend de ne plus attendre. Perpétuité, c’est long ! Surtout quand ça n’a pas même débuté.

Marre d’attendre que ça commence alors qu’on désire que ça finisse avant de recommencer. Mais bon ! Il faudra bien qu’un de ces quatre chemins se détermine comme une voie sans autre issue que la détresse d’un pauvre bougre arrivé là par un pur hasard… alors que la nécessité l’attendait quelque part. Il n’a rien demandé à personne et, de plus, personne ne lui a rien demandé non plus. Ça tombe pile ! Tout le monde s’en moque et plus encore lui-même : "Sous tous les ponts de Paris coulent la mélancolie urbaine… et ses songes s’y noient en mensonges."

Tout l’environnement alentour bruit d’une quête de l’indicible. Comme toujours, ce qui est tu n’a(s) pas chu. Bien au contraire, c’est devenu effroyablement bruyant. La vulgate dirait la rumeur, sourde à l’entendement, mais bruyante de la lâcheté populaire

Il est là ! Mais qui ? C’est tellement vrai que l’on entend ses pas. Un murmure silencieux comme le serait une carpe qui baye aux corneilles. L’ennui naît toujours de lui-même quand on n’a plus rien, un tant soit peu, que pourrait-on bien avoir à part ce rien auquel on doit tant et temps ? Décidément, on ne s’en sortira jamais de ces tautologies pléonastiques : un mot, ça veut immuablement dire un… autre mot et des maux. Même si ce tout et ce rien ne sont ni identiques ni égaux, cela s’en rapproche, et à quoi bon être bégueule.

Et pourtant ! L’aventure continue avec ce qu’il advient à chacun de nos pas vers ce « je ne sais où… » Et qu’importe ! Comme on cueille la fleur juste au moment de son épanouissement par pure vanité surhumaine alors que fanée, elle n’en sera jamais moins belle, par nostalgie d’un passé éphémère. Des quatre saisons, il faudrait choisir comme on décide d’aller au diable vauvert alors que, plus proche, le démon est là, en nous. Ne cherchons pas le paradis là où il n’est plus : ni ici-bas ; moins encore là-haut et ni en nous-mêmes. L’Éden, c’est ce petit coin indéterminé qu’on trouve juste après… Mais après quoi ? Ça, personne ne le sait et depuis la nuit des temps c’est la boîte à Pandore. Mais celle-là personne ne l’ouvrira jamais. Bien trop couards, sommes-nous, pour aller jusqu’à découvrir notre vérité spéculaire, alors que notre existence n’est qu’une triste pantomime.

Une histoire sans paroles. On se parle à soi-même sans savoir qui on est. À l’instar du philosophe péripatéticien qui a décidé d’enseigner son noble art en marchant. Le philosophe marche, la péripatéticienne aussi : elle déambule sur les trottoirs du vice et de la vertu (c’est égal !). L’un vaque à ses pensées métaphysiques tandis que l’autre expose son physique sans état d’âme En somme, la tête et les jambes. Et l’on feindra de s’étonner que sur la terre ça ne tourne pas plus rond qu’avant. Et malgré les développements incommensurables de la science et ses corollaires techniques, un  penseur s’est (é)levé et a marché pour prouver que le mouvement se meut faute de mourir et de s’émouvoir.

Le lièvre rattrapera toujours la tortue, mais jamais ne la mangera. Il s’en fiche comme de sa première limace vu qu’il est végétarien. D’autant qu’il n’a pas besoin de courir derrière l’herbe et comme il ne fume pas, à quoi bon ! Ne vaut-il point mieux ne courir après rien plutôt que pisser dans un Stradivarius pour obtenir la fumeuse note jaune du maître…

Chercher et encore, ce n’est pas toujours découvrir ; ni le Graal ni la Pierre philosophale et même on trouve le plus souvent ce qu’on n’aurait même pas eu l’idée de rechercher… Le chanteur masqué quête le bonheur : « Il est où le bonheur ? » Certainement pas dans les paroles de sa chanson. Le bonheur, c’est tout simple : se lever à l’aube (de bonne heure) et pour ce faire, nul besoin de meugler sur les ondes hertziennes et de réveiller le voisinage qui s’en fiche pas mal ! Vu qu’il y a une paye et plus que nos consorts sont placardisés au rayon des chômeurs et tutti quanti par filiation génétique, consanguine et mimétique. Sortis du système social pour défaut de labeur. On vit une époque formidable, mais on ne le sait même pas ! On paye (certes, peu !) des gens à ne rien faire sinon à chercher, là où il n’y a rien à trouver et on invente des machines à fabriquer tout et surtout n’importe quoi. Le système de production (capitaliste ou autre) a inventé la pré-obsolescence des objets et des personnes dans le même temps que la recherche d’emploi dans un marché sans emploi. Eh ! allez donc oser blasphémer en cogitant un avenir (social/économique) malthusien et l’on vous vouera aux gémonies dantesques (voire rodinesques)

Les bien-pensants de toutes les religions, y compris les laïques (parfois, les pires rigoristes) et surtout les religions du Livre, ces derniers bâtards d’un conservatisme éculé et qui se livrent bataille depuis des millénaires en tuant et massacrant leurs coreligionnaires (protestants, catholiques ; sunnites et chiites, juifs et orthodoxes et j’en oublie !) ; tous sont censés croire au même Dieu (unique, mais pas pareil !). Il faudrait nécessairement avoir lu le Livre saint (et malsain ?) pour comprendre ces siècles de guerres conduites par des idolâtres réputés pour leur amour du (pas trop) prochain…

JrB, Cayeux-sur-Mer, 2016

La poésie est une religion sans espoir.

Friedrich Schleiermacher, Discours sur la religion

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