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Un seul barreau suffit...

Un seul barreau suffit...

L’écriture me distille : corps à cris
Psychopathe du stylo et monomaniaque du style.
Le style rend fou, comme la masturbation ;
le mot aveugle la réalité, au point de la rendre vraie ;
l’idée assourdit jusqu’à faire de Beethoven un musicien sourd,
et de Nietzsche un écrivain aveugle ;
la phrase ponctue la jouissance : encore !

Sur le clavier de mon sexe, je frappe démesurément
la mesure macabre du désir
L’Éros pointe la où se taisent les rotatives de l’apocalypse ;
surgissent les muses montant à cru des ordinateurs castrateurs :
les derniers créateurs de l’apothéose destructrice s’y épuisent.

Machines immondes usant et abusant de tous les sens,
au point de les rendre insensibles :
le tact pour marcher sur la tête,
le goût pour écouter le téléphone,
l’ouïe pour se masturber devant un aquarium,
l’odorat pour dénombrer à l’extrême la poussière,
la vue pour ramper dans la fange existentielle de la critique positive
et le geste pour assassiner la tendresse guerrière
de l’oubli de l’autre, qui n’est qu’un autre.

Raison perdue parce qu’on ne l’a jamais trouvée.
On pose tout et on demeure là, à se taire !

J’écris avec mes vingt doigts,
parce que j’écris aussi avec les pieds,
comme d’autres, et tant écrivent parce qu’ils oublient de penser ;
leur belle âme c’est le sang dégoulinant,
inondant et imprimant la une de la bienséance.

Le livre de la nature me donne la nausée des effluves puants :
le baiser de la mort en est la suprême récompense.
Que ne sais-je mourir avant de naître !
Et que ne sais-je compter les ennuis comme seule preuve
et épreuve d’une inexistence qui se languit de croire…
qu’elle ne croit pas,
si peu qu’elle choisisse le silence, déjà.

Il y a celui qui, autrefois, basa sa cause sur rien.
Il y a moi,
qui ai cherché, qui n’ai pas trouvé, ce rien qui était presque.
Ce Moi qui écrit en mes lieu et place, et qui se tait
chaque fois que l’autre moi l’interroge dans sa vacuité,
sa présomption à déborder l’illusion mensongère de l’être.

J’écris avec la somme de mes défaites,
autant de rêves inachevés et heureusement !

JrB, Ensisheim, 11-03-1983 et Strasbourg, 07-09-1984

Ce qui est mystique ce n’est pas comment est le monde, mais le fait qu’il est.

Ludwig Wittgenstein / Tractatus logico-philosophicus ,

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