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Ah ! l'orthographe... Déjà en français, mais alors en latin... (Cayeux-sur-Mer)

Ah ! l'orthographe... Déjà en français, mais alors en latin... (Cayeux-sur-Mer)

Voici ! Le débat sur l'orthographe de la langue française est relancé.

C'est la marotte nationale et ça finit toujours de la même façon un consensus mou et le statu quo. Un grand classique pour une langue écrite qui, elle, l'est moins. Qu'on réforme le code du travail, OK ! La constitution pour y instaurer un pouvoir [discrétionnaire] d'état d'exception banalisé, pourquoi pas ! Mais alors qu'on touche à l'orthographe… On peut parier que les deux tiers des Français de « souche » [sic !] maîtrisent plus ou moins et souvent plutôt moins tant cela est compliqué ; pas question ! Dura lex sed lex. Les experts dans les fameuses [fumeuses] dictées tant de Mérimée ou Pivot y arrivent à peine et avec beaucoup de grimaces. Alors de grâce ! Épargnons-nous cette polémique franco-française (plutôt franchouillarde) et comme disait Léo (Ferré) Merde à… Richelieu (Ferré, lui, s'adressait à Vauban).


À regarder de près, la langue française pour le peuple (Y connaisse le peuple à l'Académie ?) : le peuple, les gens… on y parle combien de niveaux de langage ? C'est l'oral, leur moyen de communication prioritaire, pas l'écrit ! Pour la majorité (j'vous fiche ! mon billet), c'est             « Comment qu'on dit… » Et nos penseurs et élites se « gourent », totalement. Les stars c'est qui ? Johnny et consorts. Sur les quarante immortels (!), combien en connaît-on ? Les dialogues des films franchouillards qui ont fait recette, c'est un peu esquinté comme français épuré. Alors référence or not ? On essaie de nous convaincre d'une langue française immémoriale. Quelle fumisterie, égale à celle de nos ancêtres les Gaulois !

Tout ça ! C'est de la foutaise et on va encore perdre son temps pour de la roupie de sansonnet. Parce que d'abord la problématique (eh oui !) même est erronée. On est dans une confusion totale entre orthographe, grammaire et sémantique (même s'il peut y avoir des confusions avec des approximations soit sémantiques, soit orthographiques, voire syntaxiques).

À l'ancienne méthode (rentrée des classes 1954, âgé de six ans sans école maternelle), j'ai appris, d'abord les lettres (j'avais déjà appris à lire auparavant par je ne sais quelle méthode : je savais lire, ânonner, sans savoir ce que ça voulait dire) ; puis, j'ai appris les mots à écrire et à lire. C'est ensuite seulement (si je ne me trompe cours élémentaire) qu'on a appris à mettre les mots dans l'ordre (syntaxe).
À y réfléchir, on apprend les lettres et les mots (alphabétisation) ; concomitamment à la lecture et c'est seulement après que vient la construction (syntaxe) alors qu'on sait déjà construire, vaille que vaille ! nos phrases.

La sémantique, son processus d'acquisition est plus complexe et, j'oserais dire, social. Tout comme à cette époque-là, l’école était d'abord une institution d'instruction (on s'instruisait) et on était plutôt « éduqué » dans la société et en premier lieu dans la famille. Tant et si bien que le bagage lexical s'acquérait bien plus à l'extérieur de l'institution qu'en elle-même. On ne parle pas de la même façon et on n'a pas les mêmes traditions dans les familles selon le milieu social où on évolue et grandit (ça fait un peu marxiste, pourtant, c'est la dure réalité). 

Je ne conclurai pas ce sujet (j'en suis incapable et je préfère les problématiques), mais, anecdotiquement j'analyse, a posteriori, mon éducation et ma culture. Mon père (1914) a quitté l'école à douze ans pour faire charretier (il en avait parfois gardé le langage et jurait comme un…) J'ai toujours vu mon père lire et, s'il me souvient, il aimait l'histoire (beaucoup De Gaulle). Toutefois, s'il savait lire et parfaitement compter. En revanche, son écriture était « stupéfiante ». Non seulement il écrivait phonétiquement, mais une phrase se résumait souvent en un mot d'une à deux lignes. Exemple : « jenecépasoujémilaclé ettulesétoi ». Pour comprendre il fallait lire et prononcer à haute voix. C'est amusant (?) parce que j'en conserve un souvenir merveilleux, juvénile et rafraîchissant. Alors que Maman, c'était tout le contraire ! Une écriture de pleins et de déliés (comme j'ai appris, mais peu pratiqué ; j'étais plutôt le roi de la tache d'encre en pleine page), une belle écriture, peu de fautes et surtout une simplicité et une concision qui aurait pu être littéraire. Mais, de fait, son écriture se limitait au nécessaire domestique et encore un peu épistolaire pour la famille. O tempora mores.

Il faudrait lire ou relire, le cas échéant, le livre de François de Closets (Zéro faute, éd. Mille et une nuits, 2009). Cela éviterait à moult des   gens   du « ouaibe » d'écrire des énormités. Ce combat pour une langue française écrite fixée ad vitam æternam est une hérésie. Dans la langue parlée couramment et populairement, comment fait-on avec les accents circonflexes, graves ou aigus ? Selon les accents régionaux ou l'émotion du locuteur ? Alors langue vulgaire ou langue populaire ? Qu'on le veuille ou non, le peuple n'a jamais parlé comme les élites (ou ceux qui pensent l'être, tels, parfois, les journalistes, et j'en ai été !) D'ailleurs et c'est significatif, quand on lit les commentaires en sous-titre des chaînes TV (anglicisme) d'info en continu. C'est vrai ! ils sont écrits précipitamment, succinctement, mais ils font fi de toutes les règles du bon usage de la grammaire coutumière avec une syntaxe allégée (pour ne pas dire sacrifiée) et une sémantique tirée par les cheveux. Quand on voit, ici et autre part s'émouvoir d'écrire nénuphar avec un « f » alors que l'origine arabo-persane du mot tend à la traduire avec un « f » (foxtrot). Tout est dit ! Ce sont là des querelles byzantines et partisanes, voire réactionnaires. La langue française [écrite] a besoin de dynamisme si elle veut survivre au sabir anglophone universel (Croit-on que les Anglais parlent un anglais châtié, voire standardisé ?)  Pourtant leur langue est vivante, même s'ils ont parfois beaucoup de mal à la comprendre quand ce sont des étrangers, à fortiori des Français, qui la parlent... Peut-être ont-ils la chance de, justement, n'avoir jamais eu une Académie (Richelieu) normalisatrice et moralisatrice (prude) à l'excès. To be or not to be ?

JrB, Bertaucourt-Épourdon, 4 février 2016

J'aime la langue française et je fais des efforts pour l'écrire et m'exprimer le mieux possible. Mais, je crois et je crains que tous ces réactionnaires à ce qu'on touche à un accent circonflexe, des consonnes superfétatoires, redoublées inutilement ou encore à des « exceptions qui confirment la règle » ne soient que des extrémistes à bout de souffle et d'idées (à part les leurs) 

Le mot de peuple est un des plus beaux mots de la langue française. Il dit le manque et l'entêtement, la noblesse des gueux sous l'incurie des nobles.

Christian Bobin

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