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D'après Maillol (Jardin des Tuileries, Paris)

D'après Maillol (Jardin des Tuileries, Paris)

Éros, mets un peu de sperme 
dans l'encre de mon stylo
que j'écrive !
la nuit et le jour
l'amour et la passion à mon amante
Mets aussi un peu d'encre sympathique
dans mon âme
que j'écrive !
le jour et la nuit
ma Passion sur le corps de l'adorée
Mets du sang, de la fureur dans mes mots
qu'ils crient !
dans la ville et à l'univers
mon désir d'Elle
Crie-lui ma douleur de son absence
reflet d'une présence
cette souffrance du plaisir feint
fin et faim
Sinistre comédie autrefois
Une maturation 
et on eût pensé ma(s)tur(b)ation
qu'une magicienne vint illuminer,
transcender, transfigurer de son Verbe défloratoire
quelle avait fait chair 
Et si cher à mon goût de l'exquis
et de l’innocence
Les yeux fermés, les mains ouvertes
et le rêve accueillant
Ma bouche, le robinet de mes souvenirs
jamais oubliés, parfois vécus, 
connus et reconnus et par instant inconnus
cette saveur d'Elle, nouvelle
et de suite reconnue
à son premier sourire, fut-il un mot
Timide, je l’étais, j'attendais
la sachant presque là…
Juste ici, ce souffle léger sur la nuque
s'insinuant par l'oreille du cœur
Parée des feux de sa déesse
scintillement d'un lointain si proche
Elle a été… Elle 
Elle a d'abord dénudé mes mots
elle a dévêtu mes pensées
elle a habité mes phrases
Poésie ? dit-elle !
Passion, lui dis-je !
Un regard, une caresse écrite
de sa poésie que j'ai fait mienne
J'ai pris ses mots, tel l'amant prend l'amour
j'en ai faits d'autres avec les siens
autres que les miens qui sont les nôtres
Sa bouche s'est magnifiée, s'est faite câline
J’ai écouté, j'ai entendu et j'ai vu
Cet autre Moi
Au-delà des limites et des murs…
Elle a franchi les espaces et m'a envahi
Alors c'était une âme charnelle
m'a donné en songe son corps
entremis entre dessin et dessein
Gestuelle subtile à chaque trait de plume
je lui écris comme je ferai l'amour
Une copulation sismique
Tout de moi
Miroir des possibles : puissé-je l'être !
Qu'elle regarde ces yeux qui l'aiment,
la désire fatale et totale en s'y mirant
Imperfection de sa perfection
Tout est en devenir 
Ici, j'écris cette infinie masturbation jaculatoire
Mais qui écrit quoi ? Pourquoi ?
Je crie et j'écris
Une dérive verbale qui s'épuise
après cette recherche de quelque chose…
Quelqu'un(e)
et qui sur le chemin brumeux s'est faite femme
Réalité d'un être qu'on imagina
Et qui tel, l'Enfant, paraît
Ses yeux parfois tristes et d'autres fois riants
Pourquoi elle et pourquoi pas !
Acceptons l'augure comme si elle était déjà écrite
Je veux lui construire une cuirasse
Préservant cette frêle et délicate beauté 
en deçà de la corruption mondaine
Au-delà des oripeaux de la bienséance contemporaine
Je veux l'habiller de la lingerie
la plus fine, légère, imperceptible
La beauté ne se vêt de sa pudeur qu'en se dévoilant
à qui mérite… de la contempler et d'en jouir

JrB, Ensisheim, 14 juillet 1982
 

Pour qui puis-je écrire ? Sinon l'amour !

Je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour ça ?

Boris Vian, Les Bâtisseurs d'empire

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