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L'horloge du temps dépassé

L'horloge du temps dépassé

Ce renouvellement toujours aussi stupéfiant
Chaque fois j'ouvre un livre et je lis quelque page
Cela va être un monde nouveau, inouï, peut-être bizarre
Ce sont des aventures extraordinaires qui m'attendent
Mais pour une pierre précieuse,
Un diamant, dans mes rêves ;
Combien faut-il de découragements,
De vomissures et de nausée ?
Et encore ressentir cette excitation minimale de l'être
Pour que l'imagination mette en branle sa machinerie
Sensible
Combien d'écrivaillons ? Tristounets ennuyeurs ?
Et moi, toujours et encore naïf, cherchant et recherchant
Ne trouvant presque jamais autre chose que rien !
Découragé, chemin faisant, je vais au bout
Et un peu plus loin
Poussé par une espèce de conscience et de foi
Innocentes
Que l'on me donne une phrase géniale
Je la saurais reconnaître, le faire briller, la créer
Hélas ! usé, fatigué, contraint et frustré
Je referme le volume, tel Sisyphe
Comme si…
Tout est à refaire une fois de plus
Alors je ne sais plus qui est médiocre : eux ou moi ?
L'auteur ou le lecteur ?
Que l'on me donne un (seul) chef-d’œuvre 
Et que je m'y reconnaisse
Mon miroir privilégié, c'est le génie d'autrui
Orgueilleux ? Peut-être présomptueux
Il importe !
C'est là que je frémis, dans ce surcroît d'être…
Au long des phrases, des pages, où je m'égare
Et d'où je me rejoins, vision éthérée et narcissique
Ce passage obligé de Soi à Moi par l'Autre
Me contraint à mettre mes pas là…
Où il ne faut
Pour quiconque omettrait ou tenterait d'effriter l'être
Révolte, non par doctrine, mais par essence
Mégalomaniaque du génie d'autrui
Qui autorise de taire ce que je n'ose
Humble et orgueilleux que ce silence plein de bruit
De la fureur et le tremblement d'une folie
Qui va toujours et encore plus loin,
Plus haut !
Peur de ne se ressaisir que dans le glacis du sublime
Là où Moi est moi et où je suis ainsi
Divin et impérial
Il me souvient de quelque reflet renvoyé
Par une mare de l'eau-delà
Frissonnante des cailloux que nous jetions, enfants
Déjà, je m'étonnais des ombres et des présages que j'y voyais
Comme aujourd'hui, je m'étonne des fantômes de-ci de-là
Splendide mystère de l'émotion (rafraîchie) du mot
Brusquement, là, assaille le souvenir
Met le feu dans la poitrine, comme blessée
Réanime l'odeur d'une herbe, la pâleur d'une fleur
La caresse du vent séchant une larme nostalgique
La brûlure d'un sanglot venant du fond des temps
Les repaires où je me réfugie lorsque souffle la tempête…
Dans les caves et souterrains d'une mémoire d'outre-vivant 

JrB, Ensisheim, 8 décembre 1982

Titre initial : « Programme (h)éro(t)ique des oublis et égarements »

Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.

François René de Chateaubriand

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