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 La Golconde (d'après Magritte )

La Golconde (d'après Magritte )

D'abord, ce fut un peu confus,
On y voyait si peu.
Tout juste, un coin de ciel,
il n'était pas encore clair. 
On eût cru qu'il était gros de la monotonie
Chaque rêve de lui s'y baignait dans une eau trouble,
à peine claire de cette transparence du vide
Longtemps, il sembla être un reflet du néant
Contraire à toute logique 
où le néant est tout sauf être !
Si peut qu'il fût, c'est-à-dire rien
Force est de constater cet être
Ni verbe, étant déjà ni avant ni après ;
ni lumière, créant le feu de l'ordre et du désordre.
Simple et nue créature venant de partout
Cet angoissé et frère d le définissant autrefois
« Un cercle dont la circonférence est nulle part
et le centre partout » (et vice-versa)
Sans conteste, ce lui qu'il pensait être
arrivait tout droit de ce non-lieu
Chemineau de l'éternel sur la Voie lactée maternelle
Baladin du hasard et presque rien
Vagabond des nébuleuses
traînassant dans sa musette la tristesse et l'ennui ;
usé par la quotidienneté sans abus, jamais !
Ne se réalisant seulement 
en ce qu'il est dans l'exceptionnel,
l'irrationnel
Les ongles déchirés d'avoir griffé la détresse
faite humaine
Les doigts encore crispés aux lambeaux d'une nuit
zébrée d'éclairs et tapissée de clous étoilés 
avec les fils barbelés de l'univers 
jusqu'aux confins des galaxies-miradors,
Sentinelles de l'infini…
Tapi dans l'aurore et le crépuscule
Ombre de l’ambiguïté et pénombre du beau
S'y tenant « entre chiens et loups » 
L'homme et la bête.
Et c'est là, sans feu ni lieu,
que s'y consacra la lutte de l'Ange ;
Même défait, toujours l'archange, 
la lumière du mal (mâle).
La quête vers son autre lui-même 
Autre à lui-même
Ni homme ni femme !
Ni enfant ni adulte ! 
Moins encore… 
Persévérant à être tout et peut-être pas grand-chose
Vaincu fut-il de-ci de-là, qu'importe ! 
Impuissance de la banalité à tracer des jalons
hésitant entre l'enfer et le paradis,
le jour et la nuit
Et visitant les caves et les égouts de la haute société
les bas-fonds de l'horreur de la bienséance hypocrite ;
trop-plein des humeurs de la bonne société 
excréments, sueur, urine, sperme et sang 
Et ça coule à flot dans les sous-sols métropolitains
Là gît le merveilleux de l'être humain sans prix aucun
Et surtout sans âme !
Ici, ce lupanar du Kapital 
y accumule ses ultimes lueurs
d'un avenir sans vie
Partout se dessinent les absurdes et définitifs supplices
d'une inexistence sanctifiée et sacralisée.
Négation de toutes les rebellions, soubresaut vital
de l'homme et de la femme qui disent non !
En disant oui !
Lui, ici et maintenant, toujours solitaire,
fainéant de l'absolu s'essuyant à la sueur d'autrui…
Mouillant ses cauchemars de tous les courages
qui s'abandonnent à n'être que lâcheté…
De cette nuit des jours dans la poussière du hasard 
Là même prit la forme qui n'a pas encore la parole.
L'informe et l'infâme, une chair amorphe
privée du sensible en proie aux affects du verbe.
De ce chaos diabolique, le fils de Satan naquit.
Le soleil, splendide et un presque rien dédaigneux
avec sa lumière comme seule vérité, 
dernière connaissance acceptée ici
et là refusée dans la nuit des temps.
Personne ne veut ni connaître ni voir…
l'Immonde
Ce miroir de toutes les ignorances,
Nous qui en savons si peu !
Chacun aveuglé par son confort modéré
pour âme moyenne en quête d'un divin tempéré.
Bonheur fantasmé par procuration ;
ersatz de bon aloi qui n'est que médiocre.
Ici-bas ! On paye à tempérament 
durée limitée à perpétuité
où le service post-mortem est assuré outre-tombe.
Adresse au Vatican pour le roi des Mendiants
Le prince de l'hypocrisie, l'homme en blanc 
qui oppose à la Sainte Face, la sainte crasse
des guerres de religion d'une âme nauséabonde
Le pape et consorts… tous les proprets du Livre 
et ceux qui le sont moins, mystiques pantouflards
Le Verbe déiste s'est acharné, décharné 
la peau et les os lui restent-ils, 
Idéal squelettique ?
Il a bu à la source de l'ignorance
la limonade de la honte et du péché 
véniel, mortel et immortel
De cette eau de la souffrance humaine
Colorée de larmes dionysiaques teintées d'un rouge,
ce vin de la vie, le sang ;
les pleurs oubliés teintés de l'espoir 
Et non moins faste et majestueux, le désespoir.
Toute cette misère justifiée pour un avenir radieux 
Avec des projets insensés et non moins opulents.
L’anthropophagisme du Dieu or et argent
avec la sur-exploitation de la chair humaine 
par l'inhumaine Raison se singeant déraison
Dernier et ultime vestige de l’Individu.
On lui dénie le pouvoir de l'être 
et de s'affirmer dans l'absolu.
Pour ses frères et sœurs, quelques survivants
une poignée de sable dans un désert de cailloux
pour eux tout l'univers… des prisons
avec ou sans… barreaux
dans les têtes, dans les cœurs et dans les sexes
Pourtant rien, ou si peu, n'y fait !
Le fumier aurifère fermente, s'évapore 
et le diamant se fatigue à l'usure de la finance
Cette longue nuit masturbatoire de l'horreur
Ces siècles de filouterie transfigurés
du délire de la foi
Qui donc croit encore à la Passion ?
Qui croit en son voisin ?
Qui croit encore et simplement à quelque chose 
jusqu'au bout de la rue des gueux
ce n'est que songes et mensonges 
Pourtant, juste là-bas, à quelques années-lumière
un astre brille qui s'oxygène à l'autre
d'une collision copulatoire 
La fin n'est pas pour demain encore, 
mais la faim de vivre 
c'est aujourd'hui et maintenant !

 

JrB, Ensisheim, 25 juillet 1982 — Bertaucourt-Épourdon, 21 janvier 2016

La révolte est un réflexe de l'homme vivant.

René Magritte

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