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La métaphore de l'amphore

La métaphore de l'amphore

J'écris et je crie ce que je décris
Désœuvré de ce reflet créé par cette écriture
Cette trace insigne que je ne parviens à répudier
Voire même je la trouve presque belle,
En dehors de tout contenu, comme forme écrite
L'écriture, c'est l'habit des mes pensées
Ses plus beaux atours
Comme le peintre choisit son pinceau
Comme le sculpteur sélectionne son ciseau
Comme l'un opte pour la pierre 
Et l'autre préfère telle toile
Moi, j'ai choisi le stylo
Pinceau de mes mots déliés
Je voudrais pouvoir collectionner les papiers
Couleurs arc-en-ciel
Je me dissous et me confonds
Dans la geste de l'écrivailleur
Je ne suis rien, plus rien !
Rien d'autre que Moi-écrivant
Cette alchimie des courbes 
Et couleurs indéfinies en se mêlant intimement
Je (re)cherche passionnément et avec rage
Que n'ai-je à offrir… ni forme ni couleurs ni son
même pas des paroles, tout juste des mots !
Incolores et inodores
Le mot est sourd, aveugle et muet
Le mot, c'est la taupe de la pensée
Souterrain et à fleur de peau
Cette dernière trace d'humanité
La mienne ! Ultime empreinte de mon artisanat
Je voudrais la ciseler
Que ma phrase soit un éclat de beauté
Hic et nunc, dans cet univers hideux
Redonner goût à Éros, avatar du rêve de la vie
Refléter, ici et là, le sourire de la générosité reçue
Provoquer des élans du cœur avec mes sentiments
Offrir l'image apaisée de cette beauté immanente
Faire l'amour à mes amantes (imaginaires) avec le Verbe
Retrouver la Passion dans le désir s'accomplissant
Oui ! 
Aimer, jouir, désirer et vivre…
Ici cette éternelle logomachie spermatique
Les mots (et le Moi) jouissent d'un plaisir masturbatoire
Ils sont la sève de tous mes pores
Je n'ai plus qu'eux
Pour être encore un tout petit peu… Moi
Jour après jour et nuit, je m'enfonce dans mon néant
Outre-vacuité entre deux phrases
L'abîme entre moi et Moi se creuse
Jusqu'à l'illusion du génie spéculaire
Les lettres sont d'or et je brille de mille feux
Palette subtile de la transparence
Jusqu'à l'échec de l'idée
Où le corps se fourvoie pour s'érotiser
Pour y quérir une irréalité délirante
Compagnon perpétuel des peines et des pleurs
Qu'enfin ! 
Le rire et le sourire nous donnent un peu de ce bleu 
Des larmes du ciel, sans un nuage
Et moi avec…

JrB, Ensisheim, 2 mai 1982

La destinée ne vient pas du dehors à l'homme, elle sort de l'homme même.

Rainer Maria Rilke

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