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Oeuvre de Françoise Boudier (Expo La Fère, 2003)

Oeuvre de Françoise Boudier (Expo La Fère, 2003)

Oui ! un six avril, une belle journée de printemps !
J'ai oublié, pour l'instant, quel était mon passe-temps.
Toujours la même chose : il n'y a rien, on est là ;
On entend les clés qui tintent, les pas que voilà ;
C'était un après-midi d'un jour de semaine.
Sans doute travaillais-je à quelque tâche humaine.
Même après sept années, la clé dans la serrure :
Le cœur connaît comme une petite déchirure.
Qui donc venait rompre ce moment éphémère ?
Juste alors que la vie ne m'était plus amère !
Il me dit : « Dépêchez-vous ! Quelqu'un vous attend ! »
Dérangé, passée l'humeur de l'instant : content,
On l'est de se sortir de cet univers clos,
Où tout mouvement est ce perpétuel huis clos,
Qui ne nous renvoie qu'à nous mêmes : êtres décharnés ;
Affamés de Liberté, pour nous, incarnée ;
De tout ce qui existe par delà nos murailles ;
Nolens volens, va de la tête aux entrailles.
Je sortis de la cellule, seulement à quelques pas.
Je marchais à cette minute : je ne pensais pas.
La loi régnait, un gendarme me guettait toujours.
Comme si lui échapper, ne serait-ce qu'un jour,
Aurait été, oui ! La pire des inconvenances ;
Heureuse surprise ! c'était la plus belle dissonance,
De celle qu'un individu épris de beauté,
Et que pour sa punition, on lui a ôtée.
Presque déplacée, allais-je dire indécente,
Un sourire pareil à celui de l'innocente.
Dans le regard, parole muette, mot silencieux ;
à l'oreille, j'entends, j’écoute les sons délicieux.
Ainsi depuis cet instant heureux, le six avril,
D'amour, je m'impatiente envers, je suis sur le gril.
Qu'elle m'abandonne, juste un moment : je n'ai plus rien !
Et sans notre « bonne » planète que serait le terrien ?
Ce que je serais si je n'avais ce bonheur,
Celui d'être votre amant, en votre cœur un flâneur.
Deux années de tendresse et de vie, de l'amour
Qu'elle m'a donné, mon cœur paré des plus beaux atours,
Le voici qui resplendit à son moindre appel,
Qui au moindre de ses silences ressent le scalpel.
Il y a les jours avec et puis… les jours sans ;
Ceux où il n'y a pas de lettre d'elle : angoissant.
D'autres fois où, en rentrant, m'attend sur la table,
Une enveloppe de son écriture inoubliable.
Aussitôt s'effacent tous les mauvais souvenirs,
N'existent qu'en moi : l'amour et son avenir.
Les jours, les semaines, les mois se suivent ; quelquefois,
Deux visites l'an : le bonheur émouvant, ma foi !
De ces trop courts instants, je retiens la promesse,
D'un lendemain, quelque jeudi lointain, d'une kermesse.
On disait ce demain qui n'en finit d'être là ;
Si bien que certains matins je suis un peu las.
Cette année, on parle beaucoup de liberté.
Serait-ce toujours celle d'autrui ? L'égalité,
Ne saurait-elle être — ici — un fait accompli ?
Ou alors jamais notre vie ne sera remplie.
Il ne sied, certes ! à l'espoir d'être désespéré,
Et mon désespoir n'est qu'un espoir différé.
S'il fallait conclure, malgré toute notre impuissance,
Cela serait plus qu'une promesse à notre jouissance.

JrB, Ensisheim,  26 mai 1981

(*) 6 avril 1979

Chaque passion parle un différent langage.

Nicolas Boileau, Art poétique

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