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Avenue Georges-V (Paris VIII)

Avenue Georges-V (Paris VIII)

Heureux, le peintre,
Il peut caresser par l’idée,
Dire avec les mains :
Tout ce qu’il vit et frémit en lui.
Les mots sont aveugles,
Là où le trait est tact,
L’émotion est silence.
Où se peut poser les yeux,
Fût-ce en imagination ;
Là où les mains rêvent d’aimer,
Le peintre tenant son pinceau entre ses doigts
Recrée la douceur, la tendresse,
Et l’extase amoureuse de l’étreinte
Dans la vérité momentanée,
Tant par l’esprit que par le toucher
Confondus dans la caresse.
Chant matinal de la grâce amoureuse.

Alors pourquoi est-il aveugle ?
Paralysé ?
Oui ! Que ne peut-il effleurer
Par son trait, celui de son esprit
Si pauvre, non en imagination,
Car riche est celle-là ;
Oui mais, si pauvre en expression
Qui n’aura jamais ni la richesse
Ni la nuance,
Ni non plus ni la force de l’image,
Ni la communion visuelle
Pour le poète, le mot est
Une image amoindrie
Affaiblie de la puissance du désir
Là où le peintre peut tout dire,
L’autre que lui reste-t-il ?
Que celui ci-devant aurait s’y bien su figurer ;
Alors faut-il s’en taire ?

La douceur de la ligne qui dit tout
Sensuelle et érotique.
Tout ! De la beauté
Et tant du désir
Peindre, c’est aimer
Que demeure-t-il encore à exprimer
De la pensée qui étreint et embrasse ?
Il est là silencieux,
La main maladroite
Saura-t-elle caresser et ne pas blesser ?…

Le rêve
Que si les mots manquent à décrire
N’en est pas moins ici
Dessiné dans la tête
Et donné à l’esprit et au cœur
De vivre dans l’avenir...

 

JrB, Ensisheim, 22 novembre 1981

Les «comment» m'intéressent assez pour que je renonce sans regret à la vaine recherche des «pourquoi».

Roger Martin du Gard, Les Thibault

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