Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

JrB fashion Magritte

JrB fashion Magritte

La magie du réel pour faire éclater mon verbe
je n’ai plus d’images sinon des barreaux à mes yeux
Pour l’infini du regard
Et qui finit de s’éteindre
Les lambeaux de l’imaginaire lamentablement s’y déchirent
Que je ferme ou que j’ouvre les paupières
Je vois aussi loin que moi des étoiles
Non plus celles des cieux ! Muettes à mes pupilles
Les étoiles d’argent gris fade, inodores
Elles décorent les uniformes
De ceux qui ont mis en conserve et mon cœur
Et mon corps, sauf un peu son esprit
Pas tout à fait : trop pour ne plus regarder
Plus tout à fait vivant :
assez pour me taire dans mon innocence
Impuissant à donner de la pensée charnelle
Corps à corps et à cris
J’étouffe dans la bave du lugubre quotidien
D’un dieu bavard et buvard de ma lumière
Jour après jour, nuit et soleil : le sexe pâle
Fatigué de n’être plus que son propre objet de désir
La mémoire dessine les contours d’un irréel
Autre réel étoilé de la morgue d’un pouvoir de ne pouvoir
Ceux-ci et ceux-là qui ne sont rien
Et ils font de nous leurs semblables…
Nous qui restons fondamentalement leurs dissemblables
Mais ne sachant que l’écrire
Ersatz de nos vies et jouissance cabotine
Là, dans les longs corridors d’une attente verdâtre
De n’avoir plus connu ni la douceur d’un enfant
Ni ses pleurs, ses caprices et son insolence
Qui donnent la légèreté à nos pires lâchetés


Du réel que l’on m’en donne : je ferai rire
Ou bien pleurer, selon les goûts et les désirs
Non point cette blafarde réalité à force d’être grise
Trop en devient banal
Tout un chacun a vu les camps de la mort
À la télé, dans les magazines, au cinéma, etc.
J’en ai même visité un !
C’est sinistre et triste à souhait
Insupportable, on s’émeut
Ici, rien de tout cela… Autre chose, mais quoi ?
De la demi-mesure, juste un peu tristement
Sans excès, un peu de vague à l’âme de longer les hauts murs
Ici, on n’assassine pas ou si… peu
Et si on y meurt, c’est juste un peu plus loin
Discrètement : les morts enterrent les morts
Là-bas, au bout du chemin qui mène à la porte…
D’une autre porte
Promené tout au long de la poussière des jours
Le corps et le reste morcelé
déchiré du néant d’un rêve inhumain
Briser la révolte de la promesse de non-avenir
Alors on se promène de serrure en serrure
À clé toute fermée
Les robinets du paradis sont grands ouverts
Les flots de Valium et consorts coulent
Plaisir d’un non-plaisir
S’écoulent dans le sang et les chairs figées
de leur soif de non-désir
Jardin édénique de l’absence de soi
Dormez ! Dormez ! Le reste sera fait


Dix années et si je comptais le nombre de jours d’heures…
Si je vous crachais la quantité de larmes
Le nombre de lettres jamais écrites et jamais reçues
Des chiffres et statistiques dont nos gouvernants sont friands
La quantité de masturbations lorsqu’il faut bien s’occuper
Ici, je ne parle que du langage quantitatif
N’oubliant, certes pas ! Le qualitatif
L’oublierais-je que je ne le pourrais


Ce réel voilé de tous les rêves que j’ai vomis
Ce que je tais par décence et par complaisance
Par pitié pour vous, pour moi et pour tous
Dérisoires abandons de colère qui n’en pouvaient, mais…
Qu’un courage minimal eût exigé de nous : se taire
Il faut fermer sa gueule
Là où le monde bruit de vacuité
Un matin, on est là à écrire que l’on n’a plus rien à écrire
Presque plus rien et on se satisfait de le répéter
On en perd même les illusions de ses désillusions
Jusqu’à l’écœurement et le dégoût
Les feuillets se remplissent
Ils se couvrent d’une écriture
Qui n’a même plus l’audace d’elle-même
Simple mécanique d’une autre masturbation
Aussi dérisoire, futiles jouets d’adolescent
Qui s’y ennuient de s’ennuyer


L’acidité de mon sperme a rongé l’Éros de mon âme
Hier, un sourire encore et c’eut été la grâce
Ce soir, sentez mes mots : ils puent.
Sont-ce les relents de la justice
Parfumés par son amante, la camarde ?
Nous en sommes les bâtards, fils des « bois de la justice »
Sont-ce encore les effluves sacrés de la société
C’est-à-dire vous tous et moi
Oui ! Moi aussi n’en déplaise
Et il m’en déplaît autant qu’à vous !
D’être votre frère, votre compagnon


Toute peine mérite salaire
Et le mien est celui de mes errements
Ces longues balades dans les jardins de vos erreurs
Et qui sont devenues les miennes
Pourquoi avoir honte de moi ?
Pas de vous ! Si misérable que ça me console
Je n’ai que des larmes, pas de remords
J’ai les mains peut-être rouges
Mais ce n’est que le sang de ma mélancolie
À chaque aube, j’en fais mon eau de toilette
Au crépuscule, là où je me retrouve moi-même
Je fais la prière d’oublier qu’on m’oublie
Et qu’un peu de votre horizon, on le dit bleu
Le bleu de mon miroir, les jours où je m’habille
De la gaîté du sourire d’une fillette passant par là
Le bleu de mon désir
Amantes réfugiées dans mes souvenirs et soupirs
Un mot ou un silence, de l’une ou de l’autre, c’est égal
Et tout s’effaçait
Le gris était clair et le rire coulait en moi…
Les barreaux s’éteignaient aux petits matins
Et les étoiles d’argent se faisaient or et diamant.

JrB, Ensisheim, 31mai 1981

À celles et ceux que j’aime et que j’ai aimés

C'est surtout en prison qu'on croit à ce qu'on espère !

Honoré de Balzac

Partager cette page

Repost 0